[Circuits courts] Manger (à Versailles) sans aller au supermarché, c’est possible?

Je suis récemment tombée sur un billet d’Ariane Grumbach dont je reprends le titre. Pour le lire, c’est ici. Elle fait d’abord référence à un défi, que j’avais suivi avec intérêt, lancé par une journaliste du Figaro qui a fait ses courses pendant un mois sans aller au supermarché, tout en faisant des économies. Ariane relate sa propre expérience parisienne en tempérant: selon l’endroit où l’on habite, cela peut être plus ou moins facile. Ce billet m’a interpellé car on me demande régulièrement « où je fais mes courses à Versailles » ou « quelles sont mes bonnes adresses ». Ce qui m’avait d’ailleurs valu d’être interviewée sur le blog « Versailles in my Pocket » dans un billet où justement je listais mes bonnes adresses du moment (lire ici).

Je n’ai pas forcément pour habitude de publier des billets trop spécifiques qui n’intéresseront que mes lecteurs habitant dans le coin… mais je me disais que si d’autres blogueurs pouvaient relater leur expérience sans supermarché dans leur ville ou région, nous aurions une base très intéressante, et pourrions constater les disparités, difficultés ou au contraire mettre en valeur des régions particulièrement gâtées.

Qu’est ce que j’achète au supermarché?

Côté alimentaire, j’achète principalement le lait, consommé en grande quantité chez nous (3 enfants en bas-âge, bientôt 4), le beurre, la crème, les tomates en conserve, la bière, certains condiments (sel, plus rarement le reste) ou produits exotiques (lait ou crème de coco, sauce soja, par exemple), ou produits que je ne trouve pas forcément en vrac. De temps en temps du dépannage. Depuis que je me suis lancée dans le (presque) zéro déchet, exit les yaourts et compotes industriels, biscuits et autres, je réajuste ma liste « supermarché ». Et au vu de la qualité des légumes et viandes en supermarché, je trouve mon bonheur à meilleur rapport qualité-prix par d’autres biais, et ce, depuis très longtemps.

Qu’est-ce que j’achète ailleurs?

Les fruits et légumes

Toujours déçue au supermarché (sauf à la limite pour les bananes), je m’approvisionne en cueillette à 80% de avril/mai à octobre/novembre à raison d’une virée toutes les 2 semaines lorsque nous sommes chez nous (ça fait une belle sortie en famille!). Je profite de nos vacances ou WE printaniers ou estivaux pour compléter avec les marchés régionaux, un plaisir pour moi de les fréquenter. Et en hiver, je fréquente un des marchés de Versailles, celui du quartier de Porchefontaine, ou alors je vais de temps en temps au Potager du Roi (plus local, impossible!). J’ai un peu délaissé la Ruche qui dit Oui côté fruits et légumes, à part pour des produits spécifiques (champignons de champignonnières d’Ile de France, ou produits ultra saisonniers, comme les cerises ou les noix, que l’on a qu’à une ou deux distributions par an). [MAJ : je m’approvisionne désormais quasi exclusivement en AMAP, gardant les excursions à la cueillette pour les fruits afin de faire des confitures par exemple].

cueillette

Plein à la cueillette

La viande

Nous en consommons peu. Je l’achète en priorité directement au producteur, auprès d’un volailler des Landes qui monte tous les 2 mois en région parisienne, et un éleveur d’agneau qui vient sur Versailles en saison, et je remplis mon congélateur. Une fois sur leur liste, nous sommes tenus informés de leurs ventes. Je complète à La Ruche qui dit Oui (pour de la viande de pot-au-feu, par exemple), à la Boucherie Economique rue de la Paroisse, ou la Boucherie des Carrés (53 rue Royale) pour le bon plan steak haché à 10 euros/kg le mercredi. [MAJ : pour la viande de bœuf et de porc, je m’approvisionne désormais auprès de La Highland Team, basée dans l’Allier, qui livre ses colis 2 à 3 fois par an en région parisienne].

La crèmerie

Malheureusement, pas de bon plan sur Versailles comme sur Paris pour trouver du lait cru, à mon grand désespoir (ou à plus de 2 euros le litre). Je trouve du très bon lait pasteurisé à la Ruche qui dit Oui de Versailles (au vrai goût de lait et plein de crème), mais les distributions ayant lieu tous les 15 jours, ça ne suffit pas. Autant que possible, j’achète les œufs sur le marché, auprès d’une dame qui vend uniquement des œufs et des pâtes fraîches (je lui en achète aussi parfois), et me dépanne au supermarché. Les fromages, je les achète au marché de Versailles Porchefontaine (« Aux Saveurs des Terroirs » – devenu « Le Fromager du Roy », il fait de nombreux marchés à Versailles et banlieue sud).

Fromages au marché

Plein de fromages au marché

Le pain

Direction la boulangerie, évidemment, avec une grosse préférence pour Akoé, quartier Porchefontaine et sa baguette au levain. Ça ne me viendrait pas à l’idée d’acheter mon pain au supermarché de toute façon ! J’en achète pour la moitié de la semaine et le congèle. [MAJ : mon pain provient désormais essentiellement de mon AMAP, qui s’approvisionne auprès de la Couronne des Prés : pain au levain, bio, farines de blés anciens].

pain au levain

Des baguettes au levain prêtes à partir au congélateur

L’épicerie sèche

Pour le riz et les pâtes, je suis en train de passer progressivement au vrac, en achetant chez Day by Day principalement (il en existe des franchises dans de nombreuses villes) ou autres boutiques bio. Je viens par ailleurs d’investir dans une machine à pâtes d’occasion, je sens que je vais m’amuser avec les enfants (et on va acheter moins de pâtes sèches) ! C’est aussi chez Day by Day que j’achète oléagineux et fruits secs, farines. Selon les types, j’achète l’huile pendant les vacances (pour l’huile la plus « fine »), en magasin bio ou en ligne sur Greenweez (de plus en plus rare) chez qui je prends mes purées d’oléagineux (bof pour les emballages, je vais revoir ça). Parfois au supermarché en dépannage, pour l’huile d’olive de tous les jours.

MAJ : Depuis peu, un projet de supermarché collaboratif, Le Chaudron, est en train de se monter sur Versailles Grand Parc, et je commande tous les deux mois via le groupement d’achat certains produits en semi-gros (épicerie sèche, bière, etc).

Le chocolat & produits à pâtisserie

Qu’on se le dise, je suis très difficile en matière de chocolat. Cela fait une dizaine d’années que je n’utilise que le chocolat Barry pour mes pâtisseries, que j’achète en sac de 1 à 5 kilos (format pistoles). La qualité et le goût n’ont rien à voir avec les marques trouvées au supermarché, et il est bien moins cher que le très célèbre Valhrona. Mon seul regret? Devoir l’acheter par Internet, dans un emballage non recyclable (grande poche en plastique souple opaque). Je me console en achetant des grands contenants. Je m’approvisionne sur Cuisine Addict, prix intéressants et service client au top. C’est aussi là que j’achète d’autres ingrédients spécifiques à la pâtisserie, que je trouve difficilement ailleurs.

Le miel

Nous parrainons un apiculteur, en commandant notre miel au printemps, qui nous est distribué à l’automne. L’apiculteur fait sa tournée en région parisienne et de nombreuses autres villes en France et en Belgique. Nous complétons avec des pots achetés lors de nos vacances. Les confitures, je n’en achète plus, je les prépare en été avec les fruits de la cueillette.

Les spécialités régionales

Revenir de week-end ou de vacances avec 5 kilos de victuailles en tout genre ne me fait pas peur: fromage, charcuterie (sous vide), légumes (pour la semaine du retour) et autres (des Noix de Saint Jacques direct du port). Je prévois la glacière, les packs de glace et de faire mes courses le plus tard possible avant le départ. Garantie anti-déprime au retour quand on peut prolonger le plaisir des vacances avec de bons produits!

courses retour de vacances spécialités régionales

Retour de vacances: plein de spécialités régionales

Et le budget dans tout ça?

[Prix 2017]

Autant vous dire qu’avec une famille nombreuse, j’ai une connaissance assez aiguë des prix au kilo d’un certain nombre de produits selon leur provenance! Que je compare, oui! Non, je n’achète pas les yeux fermés. Il faut évidemment comparer des produits comparables. Le prix du camembert pasteurisé du supermarché sera inférieur au prix du camembert au lait cru du fromager. Le prix au kilo des tomates conventionnelles hollandaises du supermarché sera dérisoire par rapport à une belle tomate bio française en pleine saison achetée au marché. Je choisis le lieu d’approvisionnement de mes produits en fonction de leur qualité et de leur prix. Les prix sont ceux de la région parisienne.

Ainsi, la cueillette me fait réaliser de belles économies – j’avais partagé certains tickets de caisse sur ma page Facebook et sur Instagram l’été dernier (exemple – courgette 1.80/kg; fraises selon quantité et période 3.6-5 euros/kg). Evidemment, c’est moi qui fait l’effort d’aller chercher mes légumes, c’est une question de temps. Mais hors cueillette, j’ai pu constater que les prix au kilo du bio au marché sont similaires au bio du supermarché (et pas plus cher). Le maraîcher de la Ruche qui dit Oui de Versailles a malheureusement changé, mais le précédent était moins cher que le marché ET le supermarché en bio. Malheureusement, ses volumes de productions étaient trop faibles à certaines saison. Le kilos de pommes en bio est à environ 3 euros le kilo partout, supermarché compris, et en général les producteurs vous font de meilleurs prix si vous achetez un volume minimum. [MAJ : en AMAP, je paie mon panier de légumes bio 11 euros (pour 3kg + surplus de légumes à consommer rapidement].

Les poulets bio (9 euros/kg) ou l’agneau bio (15 euros/kg) que j’achètent directement au producteur sur commande est à un prix défiant toute concurrence, et je remets mon chèque directement au producteur, qui lui me remet la viande. La viande est d’une qualité incomparable. Le steak haché du boucher (en promo le mercredi à 10 euros/kg) garde sa taille à la cuisson, tandis que celui de chez Picard, la version bouchère moins grasse, à 11-12 euros/kg rétrécit immanquablement). A la Ruche qui dit Oui, la viande à Pot au Feu, selon les morceaux, tourne autour de 9-14 euros/kg. Il m’est arrivé de ne pas pouvoir manger une viande de pot-au-feu de supermarché, pourtant pas la moins chère tant elle était dure! Avec la même recette!

L’emmental au lait cru que j’achète en grosse quantité chez le fromager du marché est moins cher que le même fromage au supermarché (11 euros/kg). Et selon les saisons, il m’est arrivé de trouver des Saint Nectaire fermier à peine plus cher que ce que j’ai pu acheter directement en Auvergne (environ 17 euros/kg au marché). La raclette au lait cru du marché est à 10 euros/kg, et elle n’a absolument rien à voir avec sa pâle copie pré-tranchée sous blister plastique du supermarché. Je profite de certaines promos, sans me fixer sur l’achat d’un fromage en particulier.

Le chocolat, selon le type et les origines, de la marque Barry oscille entre 11 et 16 euros/kg, sachant que je n’achète que du 64%, 70% et plus. Le miel de mon apiculteur, c’est du vrai miel, pas le machin chinois origine hors UE, et je le paie 11 euros/kg (et c’est l’apiculteur qui reçoit mon chèque directement).

Oui, je regarde les prix au kilo avant d’acheter, partout. Je renonce à certains achats si le rapport qualité-prix n’est pas bon et que le produit représentera une part trop importante de mon budget course. Je privilégie les circuits les plus courts possibles pour des raisons éthiques, mais aussi parce que c’est moins cher, la plupart du temps. Je ne fréquente pas forcément tous les commerces de centre ville à cause de certains prix élevés, où alors pour une gamme de produits bien précise, mais encore une fois c’est assez variable, certaines commerces de centre ville ont de super produits, à un prix juste, et le service qui va avec !

Concrètement, la tournée courses, ça donne quoi?

Evidemment, ça dépend de l’endroit où vous habitez ! Mais contrairement à ce qu’on pense, pas besoin de passer sa vie à faire ses courses. Pour ma part [MAJ 2018]:

  • AMAP : une fois par semaine pour les légumes, les fruits en saison, le pain
  • Epicerie sèche en vrac : tous les 15 jours en moyenne (je pourrais y aller moins souvent, mais je passe devant quasi toutes les semaines, et Nathalie de Day by Day Versailles est trop sympa 🙂
  • Boulangerie : complément tous les 15 jours quand la quantité fournie à l’AMAP ne suffit plus
  • Commande au groupement d’achat du Chaudron tous les deux mois (quand les ventes sont ouvertes)
  • Achats de viandes 5-6 fois par an auprès de producteurs (et hop au congélateur).
  • Un drive en supermarché tous les deux mois. Dépannage en supermarché variable – tous les 10 jours pour un ticket moyen assez faible (une dizaine d’euros?).
  • En saison de cueillette: une virée cueillette par mois (depuis que je vais en AMAP), de mai à octobre, le samedi matin.
  • Visite au marché occasionnelle, selon besoins (une fois par mois ?).
  • Commande sur Cuisine Addict 2-3 fois par an.

Depuis que je suis à l’AMAP, ma routine course a été grandement simplifiée.

Se passer de supermarché?

Possible: oui, mais ça dépend vraiment des régions! N’hésitez pas à partager votre ressenti chez vous. Cela prend du temps, car beaucoup de bonnes adresses & bons plans se transmettent par bouche à oreille.

Cher: moins cher, à condition d’acheter de saison… et de comparer ce qui est comparable. Et on achète moins, ce dont on a vraiment besoin, sans être tenté par des produits « hors liste de course ». On y gagne sur le rapport qualité-prix, c’est indéniable. Et je préfère manger de la viande deux fois par semaine, mais qu’elle soit très bonne. Et quand bien même le produit serait (raisonnablement) plus cher, je préfère rémunérer directement un producteur, un commerce de proximité qu’un C*rr**f ou un A*ch*n.

Cela demande du temps: oui et non! Oui, pour aller à la cueillette, par exemple, mais si on part du principe qu’on joint l’utile à l’agréable, ce n’est pas le même temps que celui passer à pousser son caddie dans de longues allées éclairées par des néons. Si faire les marchés est une activité agréable pour vous, cela ne vous « coûtera » pas tant en terme de temps. Une AMAP suppose un peu d’investissement en temps (aide aux distribution, mais ambiance sympa garantie). Et les commandes directement au producteur se font assez bien: formulaire envoyé par internet, 1 créneau de distribution. Au final, on s’organise, on profite d’un passage devant tel ou tel commerce pour faire le plein, par exemple.

Ces paramètres seront plus ou moins prioritaires en fonction de votre composition familiale, de votre budget, de vos activités, etc. Partagez vos expériences!

N’oublions pas que c’est nous, consommateurs qui créons la demande, y compris là où elle n’existe que faiblement au départ. Encourageons les circuits courts, les producteurs. Si vous entendez parler d’une initiative, ayez la curiosité de la tester, de la partager ensuite si le produit vous plaît.

Note: mes appro sont en cours d’ajustement pour passer en mode zéro déchet. La bonne nouvelle quand on se passe de supermarché, c’est que ça devient plus facile: il suffit de venir avec ses contenants!

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8 Commentaires
  • la Fourmi Elé
    février 22, 2017

    coucou
    c’est intéressant de voir tes appros dans le coin. Je varie aussi et achète bien moins en supermarché qu’avant mais ça reste pratique pour certaine chose comme le lait notamment ! c’est vrai que ça reste un problème toutes ces briques de lait !
    pour le valrhona, il reste très cher mais le goût et la qualité sont incomparables pour moi ! Je profite régulièrement des ventes sur vente-privee.com c’est toujours intéressant.
    Au fait suis tu l’expérience des colibris (je crois) sur l’expérience zero déchet à Versailles?

    • Erika
      février 23, 2017

      Oui, je suis inscrite au défi Zéro Déchet des Colibris de Versailles, première réunion ce vendredi!

  • Angie
    février 22, 2017

    Je me retrouve beaucoup dans ta démarche. j’achète le plus possible en vrac et bien sûr j’évite au maximum les supermarchés! je fais ma propre lessive et produits ménagers, j’achète auprès des producteurs le plus possible et vais au marché. Et effet les prix ne sont pas plus chers, alors autant en profiter, au moins c »est de meilleur qualité!! 😉
    belle journée.

    • Erika
      février 23, 2017

      Bonjour Angie, merci pour ton message. Je crois que pour faire bouger les choses, il est tout aussi important de communiquer autour de notre façon de consommer. Sur cet aspect, je trouverais ça chouette qu’un certain nombre de blogueurs se mobilisent et partagent leurs façon de s’approvisionner. 🙂
      J’avoue, je bave devant certaines de tes recettes (je te suis sur IG), il va falloir que j’en teste certaines (le risotto d’orge m’a tapé dans l’œil)!
      Belle journée!

  • Renaud
    mars 15, 2017

    Il manque juste un fournisseur potentiel important dans la liste.
    Oui à Versailles 😉
    des produits bio, pas cher, livrés à Versailles, produits dans les Yvelines.
    Des légumes très variés (au moins 5 légumes différents par panier) et avec de très nombreuses variétés pour chaque légume …
    Et en plus c’est bon pour la planète … et c’est solidaire avec les paysans producteurs.
    En direct du producteur au consommateurs …
    C’est l’AMAP de Versailles 😉
    Une seconde Amap est en cours de montage.
    Renaud

    • Erika
      mars 21, 2017

      Quel oubli! D’autant que je me suis inscrite il y a quelques jours pour être tenue au courant de l’ouverture de la 2eme AMAP! A bientot probablement (j’ai aussi découvert les colibris de Versailles et participe au Défi presque Zéro Déchet). Erika

  • Marie
    septembre 3, 2018

    Merci pour cet article ! Je viens tout juste d’arriver à Versailles et je me suis dit que je voulais tout de suite partir du bon pied. Je vais regarder toutes ces propositions en détail et faire mon choix !

    • Erika
      septembre 5, 2018

      Bienvenue Marie à Versailles, nous avons la chance d’avoir beaucoup de propositions 🙂

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